Le Renouveau du Bouddhisme de Chine continentale et son interaction avec les pouvoirs publics Featured

by on Friday, 11 July 2014 Comments


Depuis la politique d'ouverture inaugurée par Deng Xiaoping en 1978 , le Bouddhisme de Chine continentale connaît un renouveau spectaculaire. Il est en fait celle cinq grandes religions de Chine qui a mis le plus à profit les conditions créées par le gouvernement. Les millions de touristes, chinois ou étrangers, qui visitent chaque année la Chine peuvent en témoigner : une grande majorité des sites les plus fréquentés sont des sanctuaires bouddhistes, construits, ou reconstruits, dans les trente et quelques dernières années. Quasiment anéantie pendant la Révolution Culturelle, la religion du Bouddha Sakhyamuni renaît aujourd'hui de ses cendres avec une vitalité surprenante, qui témoigne de sa volonté de reprendre sa place dans la société chinoise contemporaine et, comme par le passé, plus encore peut-être que par le passé, de jouer un rôle de premier plan dans la modernisation du pays.

D'après les statistiques officielles, il y a actuellement en Chine plus de 13000 temples bouddhistes, et environ 200,000 moines et nonnes, ainsi répartis : 1) plus de 3000 temples et monastères du bouddhisme tibétain, ou lamaisme, avec 7 millions de fidèles appartenant à diverses ethnies et environ 120,000 moines et nonnes ; 2) plus de 1000 temples et monastères du bouddhisme de langue Pali, pratiqué essentiellement dans le sud et le sud-ouest du Yunnan, avec environ 1,5 million de fidèles et environ 8000 moines et nonnes ; 3) plus de 9000 temples et monastères de la nationalité Han, qui forme la partie la plus nombreuse e la nation chinoise, avec plus de 70,000 moines et nonnes.

Autre signe de vitalité: plusieurs instituts d'études bouddhistes ont été ouverts, ou ré-ouverts, dans le but de former une élite de moines et de nonnes ayant une profonde vie spirituelle combinée avec un haut niveau d'instruction. Plusieurs promotions de jeunes moines et nonnes, déjà sortis de ces instituts, sont maintenant à pied-d'œuvre pour contribuer à la propagation du Bouddhisme et à son intégration dans la société chinoise moderne. Le premier de ces instituts est l'Institut bouddhiste de Chine, ré-ouvert à Beijing, au Fayuan si法源寺, en 1980.

Toutes ces réalisations ne sont possibles qu'avec l'aide et sous le contrôle du gouvernement. La majorité des temples, monastères ou instituts qui ont été bâtis ou restaurés après la Révolution Culturelle ont reçu un soutien financier substantiel des organismes d'Etat, et les diverses activités qui s'y déroulent sont soumises à l'approbation des autorités, comme pour les autres religions dans le pays. Le renouveau extraordinaire du Bouddhisme qu'on observe en ce moment en Chine montre que le gouvernement est lui-même directement intéressé au progrès de cette religion qui, dans le passé, a joué un rôle décisif dans l'histoire et la civilisation chinoises.

Pour mieux comprendre cette interaction entre le Bouddhisme et le gouvernement chinois, il peut être utile de jeter un regard rétrospectif sur les deux mille ans d'histoire du Bouddhisme en Chine. Il apparaît dès l'abord évident que cette religion venue de l'Inde n'a pu prendre racine et progresser dans l'Empire du Milieu qu'avec le soutien des autorités civiles. C'est un fait nettement reconnu par le Maître Dao An 道安(312-385), un traducteur et interprète renommé des Ecritures bouddhistes de la dynastie des Jin orientaux, qui posa comme principe que « sans le soutien des dirigeants du pays, les affaires du Dharma ne sont pas sur un terrain solide ».

Ce principe, qui en quelque sorte résume l'histoire de l'établissement du Bouddhisme en Chine, est aussi une sorte d'axiome qui définit la ligne de conduite adoptée au cours des siècles par le Sangha. Des bonnes relations avec l'Etat dépend le sort des temples : prospérité ou déclin. Ce qu'on peut lire dans les Annales du temple Guoqing 国清寺 (Zhejiang) peut se dire de la grande majorité d'entre eux : « Au cours des siècles, le temple Guoqing a prospéré et a largement propagé le Dharma grâce à la magnanimité des princes et des empereurs ; les guerres et le mépris des puissants pour le Bouddhisme ont conduit à son déclin. De la grandeur à la décadence, de la décadence à la grandeur, la tradition bouddhiste étant gardée sans interruption, telle est la caractéristique de l'histoire séculaire du temple Guoqing ». Zanning 赞寧(919-1001), Maître bouddhiste auteur des « Biographies des moines éminents de la dynastie Song. » dira un jour : « Bouddha confia le Dharma aux rois et aux ministres ». Il faisait très probablement allusion à deux soutras, aujourd'hui jugés apocryphes, mais qui eurent tout au long de l'histoire de Chine une influence décisive sur l'attitude des princes à l'égard du Bouddhisme : le Humane King Sutra1, et le Golden Light Sutra2. En « confiant le Dharma aux rois et aux ministres », Bouddha non seulement leur confiait la protection de la religion, mais il leur donnait par le fait même une autorité leur permettant d'exercer un contrôle direct sur le Sangha. L'histoire des temples le montre : ce sont eux qui autorisent la construction des monastères, et souvent en assurent, au moins en partie, le financement ; ce sont eux qui confèrent au temple son nom officiel par le don d'une inscription, ainsi que le sceau officiel, lui donnant par là droit de cité ; eux encore qui nomment les prieurs (Fangzhangs) des principaux temples et confèrent à certains d'entre eux le titre de « maître national », ou de « maître impérial ». Bref, l'existence même et les activités des monastères dépendent de leur bon vouloir. Ils dépendent aussi souvent de leurs largesses, car princes et empereurs aiment se montrer généreux et prodiguer les donations : instruments liturgiques, peintures, calligraphies, poèmes, objets précieux, Tripitakas et autres, qui forment et enrichissent le patrimoine culturel des temples.

Naturellement, les souverains de l'histoire de Chine ne furent pas tous favorables au Bouddhisme, comme en témoignent les grandes persécutions subies par la religion à diverses époques, notamment au temps de l'empereur Wuzong, 武宗 (841-845), de la dynastie des Tang. Mais on pourra retenir ici, en guise d'illustration, les noms de quelques-uns d'entre eux qui exercèrent l'influence la plus positive sur le développement du Bouddhisme :

Liang Wudi 梁武帝 (502-549) Le plus fervent et le plus libéral des souverains des dynasties du Sud, lesquels furent tous favorables au Bouddhisme. Grand partisan du Sangha, il fut surnommé « l'empereur Bodhisattva » ; à la tête de ses sujets pour l'observation des préceptes, il entra lui-même plusieurs fois dans la vie monastique et construisit de nombreux temples, y compris le temple Kaishan (le futur temple Linggu), à Nanjing, pour honorer la mémoire de son conseiller favori, le moine Bao Zhi.

Wu Zetian武则天 (684-704) Elle se considérait comme la mère du Bouddha, et l'incarnation de Maitreya. Ayant autrefois passé trois ans dans un couvent de Bikkhunis, elle avait une affection spéciale pour la montagne sacrée du Wutaishan, où elle construisit plusieurs temples et pagodes, faisant don à la montagne de livres, de statues et d'autres objects de valeur.

Kubilay Khan (1214–1294) De Kubilay (Shizong世宗) le fondateur, à Shundi順帝, le dernier de la dynastie, les maîtres de la dynastie Yuan furent tous de fervents partisans du Bouddhisme, à qui ils prodiguèrent présents et faveurs. Le nombre des temples augmenta, et la population monastique accrut de façon spectaculaire. Le plus fameux lama fut Basiba八思巴, que Kubilay nomma « maître impérial » et dont il fit son premier ministre. Basiba créa la langue qui porte son nom ; elle entra en vigueur en 1269 et fut la langue officielle tout au long de la dynastie Yuan.

Zhu Yuanzhang 朱元璋 (1368-1398), Le fondateur de la dynastie Ming. Il avait été moine dans sa jeunesse, et conserva toujours un grand intérêt pour le Bouddhisme, à la fois par conviction personnelle et pour des raisons politiques. Il l'aida à se développer et à s'organiser, édictant des règles strictes pour l'admission dans le Sangha et pour la discipline monastique.

Kangxi康熙 (1662-1722) Il se considéra comme l'incarnation du Bouddha Wuliangshou (le Bouddha de la vie infinie, i.e. Amithaba). Il visita cinq fois la montagne sacrée du Wutaishan ; parmi d'autres gestes significatifs, il conféra au grand Lama de la lamaserie Pusa Ding菩薩頂 le sceau de gouverneur, et plaça toutes les autorités de la province du Shanxi sous son autorité. Il fit aussi recouvrir les grands halls du temple de brillantes tuiles de couleur jaune, une couleur normalement réservée aux édifices de la famille impériale.

Qianlong 乾隆 (1736–96) Il se considéra comme l'incarnation du Bodhisattva Guanyin. Il visita six fois Wutaishan, laissant à chaque fois des signes élogieux de son passage, sous forme de poèmes ou de calligraphies. A la mort de l'empereur Yong Zheng雍正, il transforma le palais de celui-ci, le Yong He Gong雍和宫, en une lamaserie aux couleurs impériales, conférant ainsi au Bouddhisme tibétain une place des plus enviées au cœur de la capitale.

Cixi 慈喜 (1835-1908) : Elle se considéra aussi comme l'incarnation du Bodhisattva Guanyin, et aima se faire appeler « Laofoye老佛爷", i.e. le vieux Bouddha.

Ces exemples, et de nombreux autres dans l'histoire bimillénaire du Bouddhisme de Chine, montrent qu'en « confiant le Dharma aux rois et aux ministres », le Bouddha Sakyamuni assura effectivement l'implantation et le développement de sa religion dans l'Empire du Milieu.

Le soutien des princes impliquait en retour l'engagement des Bouddhistes du royaume pour promouvoir la prospérité, la sécurité et la stabilité nationales. Cette responsabilité fut assumée en grande partie par ceux des membres de la Sangha à qui était conféré le titre honorifique de « maître national 國師», ou de « maître impérial帝師 ». Conseillers des souverains, ils contrôlaient la bonne organisation des communautés monastiques, et surtout, par leur prestige et leur ascendant, contribuaient à accréditer la légitimité du Pouvoir. Ce fut le cas, par exemple, de Fo Tudeng 佛图澄(232-348), conseiller principal de l'empereur Shile 石勒des Zhao postérieurs, grâce à qui le bouddhisme devint la religion officielle du royaume3; du maître national Kumarajiva鸠摩罗什( ? 343-413), dont la qualité inégalée des traductions assura au bouddhisme une position de premier plan ; de Xuanzang 玄奘(ca 600-664), qui, sans en avoir le titre officiel, jouissait en fait, tout comme un maître national, des faveurs exceptionnelles de l'empereur, et fit du Bouddhisme en Chine une religion privilégiée ; du maître national Chengguan澄觀738-838), quatrième patriarche du Huayanzong, l'Ecole de la Guirlande de fleurs, qui fut le maître spirituel de sept empereurs successifs ; de Basiba 八思巴 (1235-1280), maître national, puis maître impérial, sous Kublai Khan, qui oeuvra efficacement pour la politique de ralliement des Tibétains ; de Yishan Yining 一山一寧(1247-1317)4, qui fut chargé de rétablir les relations sino-japonaises qui avaient été rompues à la suite des tentatives d'invasion du Japon par Kublai Khan,en 1274 et 1281 ; du maître national Amoghavajra, alias Bukong不空, qui fut l'un des moines les plus puissants sur le plan politique de toute l'histoire de Chine, dont l'immense autorité religieuse consolidait le pouvoir des dirigeants et favorisait la prospérité du pays ; et de plusieurs autres. Outre l'influence exercée par ces « maîtres nationaux » ou « impériaux », l'inculturation du Bouddhisme en terre chinoise, et son développement inégal mais continu pendant deux millénaires, est aussi évidemment dû à de nombreux autres moines et bouddhistes laïcs dont l'autorité morale et les écrits furent tout aussi, sinon plus, déterminants, et dont l'action s'inscrit elle aussi dans le cadre des relations bilatérales avec les autorités.

Cette interaction du Bouddhisme avec le Pouvoir civil et politique est un phénomène constant dans l'histoire de Chine. Elle explique à la fois le succès de la religion du Bouddha Sakyamuni dans l'Empire du Milieu, et l'intérêt que, dans leur ensemble, les princes et les empereurs lui accordèrent. Lors de la célébration du bimillénaire de l'introduction du Bouddhisme en Chine, en 1998, le Vén. Jing Hui净慧, vice-président de l'Association Bouddhiste, pouvait déclarer sans crainte d'être contredit :
« Le bouddhisme a été introduit en Chine voici maintenant deux mille ans. Au cours de ces deux mille ans,le bouddhisme a toujours joué un rôle manifeste de purification du cœur, il a élevé le niveau moral, assuré la paix et la stabilité du pays, favorisé l'unité nationale, protégé l'environnement, secouru les pauvres et les nécessiteux. Il a exercé une influence très profonde sur la politique, l'économie, la culture et les coutumes populaires de notre pays...

Le renouveau spectaculaire réalisé par le Bouddhisme depuis la politique d'ouverture de Deng Xiaoping, en 1978, fait apparaître de notables ressemblances avec le passé dans le processus d'interaction entre la religion du Bouddha et les dirigeants du pays. Aussi différent qu'il soit des dynasties féodales, le système socialiste de la République Populaire de Chine exerce en effet sur le Bouddhisme, comme sur toutes les religions du pays, une fonction de soutien et de contrôle similaire, tandis que les communautés bouddhistes, pour leur part, sont invitées à lui apporter leur concours pour favoriser la stabilité, l'unité et la prospérité nationales. L'axiome formulé par le Maître Dao An au 4ème siècle caractérise encore de nos jours, implicitement, les relations du Bouddhisme avec le gouvernement : "sans le soutien des dirigeants du pays, les affaires du Dharma ne sont pas sur un terrain solide ».

Le soutien et le contrôle du gouvernement s'opère de nos jours par l'entremise de l'Association Bouddhiste de Chine, dont les objectifs sont clairement définis par les statuts: « Les buts de l'Association Bouddhiste de Chine sont d'assister le gouvernement dans la mise en œuvre de la politique concernant la liberté des affaires religieuses, de protéger les droits et les intérêts légitimes des milieux bouddhistes, de propager les enseignements bouddhistes, de développer le Bouddhisme dans la ligne de ses traditions, d'unir les Bouddhistes au plan national, d'œuvrer pour le bonheur du peuple comme pour la prospérité du pays, de contribuer à l'unité de la mère patrie ainsi «qu'à la paix dans le monde. » A l'exception du Tibet, ces objectifs semblent ne rencontrer aucune opposition dans l'ensemble du pays, et avoir favorisé réellement le renouveau extraordinaire réalisé par le Bouddhisme dans l'espace limité d'une trentaine d'années. Ainsi, pourra-t-on faire un rapprochement entre le rôle confié jadis par les souverains à leurs « maîtres nationaux » ou « maîtres impériaux » et le rôle institutionnel assigné de nos jours par le gouvernement de la République Populaire de Chine à l'Association Bouddhiste de Chine. Les hauts responsables, au sein de cette association, exercent même personnellement une autorité morale et politique qui les apparente aux « maîtres nationaux » d'autrefois, et jouissent, tant en Chine qu'à l'étranger, d'une réputation qui favorise grandement les intérêts du Bouddhisme sur le plan national et international, ainsi que l'influence croissante de la culture traditionnelle chinoise dans le monde.

Dans un important discours à l'Unesco le 27 mars dernier, Xi Jinping習近平, le Président de la République Populaire de Chine, souligna la nécessité de promouvoir les échanges et le partage mutuel du savoir entre les civilisations. Ce discours, le premier d'un chef de l'Etat chinois devant cette organisation des Nations Unies, met comme jamais encore l'accent de façon nette sur la valeur et la signification de la civilisation traditionnelle chinoise, au point d'être appelé le manifeste de la renaissance de la civilisation chinoise. « A travers plus de 5000 ans de vicissitudes, affirme Xi Jinping, la civilisation chinoise est toujours restée attachée à sa racine originelle. En tant qu'identité culturelle unique de la nation chinoise, elle renferme nos activités culturelles les plus profondes et nous procure une nourriture abondante pour l'existence et le développement. La civilisation chinoise, bien que née sur le sol de Chine, est parvenue à sa forme actuelle grâce à de constants échanges et au partage du savoir avec d'autres civilisations .... »
« Un aspect important de ces échanges fut l'introduction du Bouddhisme venu de l'Inde, qui, après une période de développement intégré avec le confucianisme et le taoïsme autochtones, devint finalement le Bouddhisme avec caractéristiques chinoises, ayant ainsi un profond impact sur les croyances religieuses, la philosophie, la littérature, l'étiquette et les coutumes du peuple chinois...Le peuple chinois a enrichi le Bouddhisme à la lumière de la culture chinoise et développé quelques pensées bouddhistes ; de plus, il a aidé le Bouddhisme à se propager de Chine au Japon, en Corée, en Asie du Sud-Est et au-delà ».
Cette interaction du Bouddhisme avec le peuple chinois implique il va sans dire, dans l'esprit du Président de la République Populaire de Chine, l'interaction avec les dirigeants de la nation. Au nom de tout le pays, Xi Jinping indique clairement l'orientation à prendre : « la civilisation chinoise, avec les riches et brillantes civilisations créées par le peuple d'autres pays, procurera à l'humanité une direction culturelle juste et une forte motivation ». Dans l'ensemble des civilisations du monde, appelées à s'enrichir mutuellement dans l'harmonie, la civilisation millénaire chinoise se présente ainsi comme un partenaire riche et potentiellement des plus efficaces. Civilisation qui englobe les religions et philosophies traditionnelles, et en particulier le Bouddhisme, lequel est devenu au cours des siècles une composante essentielle de la culture chinoise. En indiquant comme nous venons de le voir l'orientation à prendre, le Président de la République Populaire de Chine exprime aussi l'espérance placée par le peuple chinois et ses dirigeants dans la religion bouddhiste pour favoriser le rôle international de la Chine sur le plan culturel. L'interaction entre le Bouddhisme et les autorités chinoises se manifestera désormais, plus qu'ailleurs, dans la « sortie » de la civilisation traditionnelle hors des frontières pour exercer, dans le concert des civilisations de l'humanité, une influence à la mesure de son histoire millénaire.

Faisant écho au discours-programme de Xi Jinping à l'Unesco, les milieux bouddhistes s'engagent désormais quant à eux à promouvoir la civilisation chinoise sur le plan international. Le Vén. Xue Cheng學誠法, vice-président de l'Association Bouddhiste de Chine, et l'une des personnalités les plus en vue du Sangha, aime à souligner le fait que le Bouddhisme est, des trois composantes religieuses de la Chine, celle qui a eu et aura le plus d'influence. Après s'être propagé en Asie de l'Est et du Sud-Est, le Bouddhisme s'étend aujourd'hui en Europe et aux USA, et sert de puissang véhicule à la renaissance de la culture chinoise. « Si nous espérons voir la culture chinoise, y compris la culture bouddhiste, s'avancer dans le monde, déclare le Vén. Xue Cheng, si nous espérons voir la civilisation de la Chine apporter une contribution encore plus grande aux civilisations de l'humanité, il faut surtout « sortir », aller dans toutes les régions du monde, apprendre les langues, comprendre les cultures des différentes contrées, et dans un processus d'auto-amélioration continuel, permettre à la culture chinoise d'apporter du bonheur aux hommes, et à la culture bouddhiste, par la qualité spirituelle de sa compassion et de son aide secourable, d'apporter de la fraîcheur dans le monde ». C'est aussi la conviction du Vén. Yong Xin永信法師, Abbé du temple Shaolin少林寺 et vice-président célèbre de l'Association Bouddhiste de Chine . Le temple Shaolin, par ses tournées d'arts martiaux dans le monde, non seulement fait connaître la quintessence de la culture traditionnelle, mais plus encore propage cette culture même en dehors de la Chine . Faire « sortir » de Chine la culture, étendre l'influence de la culture chinoise, et renforcer les échanges avec les autres pays, tel est le rôle capital que veut jouer le temple Shaolin, sous la direction dynamique de son Abbé .

En « sortant » de Chine, la culture bouddhiste chinoise contribuera à étendre l'influence de la civilisation traditionnelle chinoise dans le monde, tandis que la montée internationale de la Chine, en passe de devenir une grande Puissance économique et politique, favorisera l'extension du Bouddhisme dans de nombreux pays. L'interaction entre la religion du Bouddha et les autorités chinoises, qui a fait ses preuves depuis deux mille ans, prend aujourd'hui une nouvelle ampleur, à l'échelon planétaire.


1 仁王經, Ren wang jing. Son nom complet est Soutra Prajnaparamita pour les rois humains qui protègent leur pays. Dans certains temples chinois, ce soutra est utilisé de nos jours pendant les prières faites pour le gouvernement et le pays.
2 金光明經, Jinguang ming jing. C'est un soutra important, l'un des soutras Mahayanas les plus populaires à toutes les époques.
3 Le successeur de Shile, l'empereur Shihu, promulgua un édit déclarant Fo Tudeng « trésor national » et lui octroya de nombreux privilèges.
4 Il fut "Président du bouddhisme des provinces du Jiangsu et du Zhejiang », un titre à peine inférieur à celui de « Maître national », et fut, après splana mort, honoré du titre de « maître national » à titre posthume.

Christian Cochini

Fr. Cochini is a French Jesuit priest who has been involved for several years in inter-religious dialogue in China. He is the author of a Guide to the Main Buddhist Temples in China.

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